Karl Friedrich Hiéronymus, baron de Münchhausen,
a bel et bien existé. Officier allemand à la solde des
Russes, il acombattu les Turcs en 1740. Certainement nostalgique de
ses exploits, il s’amusa à les raconter avec force dithyrambes
à ses amis.
La faconde du baron serait certainement morte avec lui si un premier
écrivain Rudolph Erich Raspe n’avait recueilli puis ordonné
tous ces récits publiés en anglais en 1785. C’est
ensuite à l’écrivain allemand Gottfried Bürger
qu’on doit, plus qu’une traduction, un remaniement de
ces histoires. Elles paraissent en 1786. À la faveur d’un
style qui jongle avec la satire, s’égare dans le truculent
et frise même la veine poétique, Bürger a donné
au héros pittoresque une personnalité littéraire
que n’a pas démentie la postérité (jusqu’au
grand écran).
Si certains thèmes retranscrits ou rajoutés par l’auteur
appartiennent à l’imaginaire collectif qui le précède
depuis l’antiquité (comme, entre autres, L’Histoire
véritable de Lucien ou le conte des Trois doués), la
figure du héros se sauvant d’un marécage en se
tirant les cheveux, attachant son cheval à ce qu’il croit
être un tronc d’arbre mais qui se révèle
un clocher, risquant sa vie pour une bouteille de vin, découvrant
le crâne ouvert d’un buveur invétéré,
etc., n’a pris les traits que du seul Münchhausen.
La traduction de Théophile Gautier n’a pas une ride.
Il lui manquait néanmoins, omission certainement volontaire
pour ne pas choquer ses contemporains, l’épisode de l’autre
moitié du cheval coupé en deux.
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